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Séminaire

Genre et monde carcéral

Dates

Vendredi 9 février 2024, 9 h 30 à 17 h

Lieu

Université Paris Cité
Bât. Halles aux farines, salle 580F
10 rue Françoise Dolto
75013 Paris
Comment venir ?

Pour celles et ceux qui souhaitent suivre la séance en distanciel l’inscription préalable auprès de Barbara Osorovitz : barbara.osorovitz@u-paris.fr est nécessaire afin de préparer au mieux la séance. Nous vous enverrons ensuite le lien pour assister au séminaire à distance. Vous pouvez vous inscrire jusqu’au jeudi 8 février 2024.

Organisation

Natacha Chetcuti-Osorovitz. Maître de conférences en sociologie, HDR, Centrale Supélec, ENS Paris-Saclay, IDHES
natacha.chetcuti-osorovitz@centralesupelec.fr

Amélie Bescont. Docteure en sciences politiques, ATER Université de Tours, chercheure associée au CEVIPOF

Valérie Icard. Docteure en science politique, ingénieure de recherche, CESDIP/CNRS/Université Paris Saclay
valerie.icard@cesdip.fr

Programme

Matin 9 h 30 – 13 h 15. Pratiques professionnelles et régulation en mixité

9 h 30. Nathan Rivet Doctorant, CSO (Sciences Po/CNRS) et Natacha Chetcuti-Osorovitz MCF-HDR (CentraleSupelec et IDHES ENS Paris-Saclay)
L’ordre genré carcéral face aux partenariats privés-publics : négociations et conflits dans un marché captif

Résumé : La place prise par le genre en prison a fait l’objet de plusieurs recherches en France. Structurant certaines facettes du fonctionnement carcéral, les relations sociales de genre sont également la cible de dispositifs produits par l’administration afin de le façonner et d’en contrôler certaines dimensions. Loin de transformer l’ordre genré carcéral existant dans les prisons françaises, les évolutions contemporaines comme l’externalisation à des acteurs privés de certaines missions vient plutôt formaliser l’incarcération différenciée des prisonniers et prisonnières. L’inclusion d’acteurs privés vient complexifier les injonctions auxquelles font face les personnes détenues. Ces changements ouvrent, au sein des oppositions entre secteurs public et privé, de nouvelles marges de revendications voire de résistances pour les personnes détenues. À partir de deux enquêtes ethnographiques, menées entre 2017 et 2019, dans des prisons partiellement déléguées au secteur privé et mixtes, cette présentation aura pour objectif de montrer comment la délégation vient créer de nouveaux espaces de négociation et de revendication pour les personnes détenues, sans toutefois transformer les inégalités de genre structurant l’univers carcéral.

 

10 h 45. Olivia Nederlandt, Professeure de droit pénal à l’Université Saint-Louis & Aurore Vanliefde, Doctorante en criminologie à la KU Leuven
Le travail et les activités en mixité dans les prisons belges : entre maintien de l’ordre et protection des femmes en détention

Résumé : Malgré le principe de séparation des hommes et des femmes régissant l’organisation des établissements pénitentiaires, une recherche empirique menée au sein de plusieurs prisons belges a permis de mettre en lumière des pratiques de mixité entre personnes détenues. Les auteures ont étudié les discours en faveur ou défaveur de cette mixité, en se penchant plus particulièrement sur le travail et les activités. La mixité est redoutée à deux égards. Premièrement, elle crée un problème de gestion des conflits et jalousies découlant de l’existence de couples hétérosexuels. Deuxièmement, elle représente un risque, en l’espèce le risque que soient commises des violences de genre à l’égard de femmes. Cependant, les acteurs rencontrés se sont montrés plutôt favorables à la mixité qui permettrait de favoriser la normalisation de la vie en prison et la réinsertion.

 

12 h. Anaïs Henneguelle, MCF en économie à l’Université Rennes 2, LiRIS – Université Paris-Cité, Ladyss & Anne Jennequin, MCF en droit public à l’Université d’Artois
Mixité des personnels et division genrée du travail : la difficile acceptation des femmes dans la ‘maison des hommes

Résumé : Cette intervention s’appuie sur les résultats d’une recherche co-portée par Coline Cardi, Anaïs Henneguelle, Anne Jennequin et Corinne Rostaing, menée entre 2020 et 2023 et intitulée “La mixité genrée à l’épreuve de la prison. Recherche interdisciplinaire sur les interactions, espaces et temps mixtes en détention” (financée par le GIP Droit & Justice, la DAP et la DPJJ). À partir des outils du droit et de la sociologie, elle vise à comprendre la situation actuelle de relative mixité des personnels et de division sexuée du travail. Trente ans après leur arrivée, quelle place les femmes surveillantes occupent-elles en détentions hommes ? Cette place est-elle désormais assurée et totalement normalisée ? Comment se passent les interactions mixtes entre personnels pénitentiaires ? À quelles épreuves, voire à quelles violences, les femmes surveillantes doivent-elles faire face ? Y a-t-il des tâches spécifiquement affectées aux hommes et aux femmes surveillant·es, et pourquoi ? Cette division genrée du travail est-elle susceptible de remettre en cause le principe de mixité au travail ? Qu’en est-il enfin des interactions, du point de vue des personnels, entre personnels masculins et femmes détenues et entre surveillantes et détenus ?

 

13 h 15 – 14 h 30 Pause déjeuner

 

Après-midi 14 h 30 – 17 h. Éthiques et pratiques professionnelles

14 h 30 Louise Cadorel, Doctorante en Science Politique à l’Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3 (CREDA)
Une appropriation différenciée de la réforme de la justice des mineurs à Rio de Janeiro, entre ethos du care et ethos viriliste

Résumé : Au Brésil, la privation de liberté des mineurs condamnés par la justice est encadrée par des normes de droit international, qui visent à mettre en œuvre des politiques respectueuses des droits humains et des pratiques éducatives. Dans ce cadre, les « petits fonctionnaires » de la justice des mineurs en milieu fermé, les travailleuses sociales et les surveillants, responsables du volet éducatif de la sanction, sont les principaux responsables de la mise en œuvre de ces principes. Une enquête de terrain, menée dans deux établissements de privation de liberté de Rio de Janeiro, au plus près des pratiques de ces deux groupes professionnels, montre l’écart entre les référentiels éducatifs inscrits dans le droit et les référentiels pratiques mobilisés par les acteurs du terrain. Ils sont pris dans un système d’opposition lié à des ethos professionnels divergents, qui va orienter l’ancrage tantôt sécuritaire, tantôt bureaucratique de leurs pratiques.

15 h 45. Natacha Borgeaud-Garciandía, Chercheuse à IICSAL, FLACSO-CONICET
Entre care et contrôle, les ambiguïtés du travail en nurseries pénitentiaires (France – Argentine) 

Résumé : L’intervention abordera le travail déployé au sein de nurseries pénitentiaires qui accueillent des détenues enceintes et mères accompagnées de leurs enfants, en France et en Argentine. Ces structures sont, dans l’un et l’autre de ces pays, très hétérogènes et l’accueil inégal. Partant de recherches de type ethnographique menées dans deux nurseries dotées d’une crèche et de services spécifiques destinés à la population hébergée, l’analyse cherchera à mettre en lumière les particularités du travail déployé par des professionnelles « du care » (secteurs éducatif et social) ainsi que les difficultés qui affectent leurs interventions, prises dans des logiques complexes et souvent contradictoires au sein de ces espaces contraints.

17 h. Fin de la journée